Tsurune, le premier cri
Lorsque la posture et la technique sont conformes aux règles du tir et que le corps agit comme un coin (dans le sens où il s'insère entre la corde et l'arc, ndt), hanare cède naturellement avec un claquement sec. Si on considère que l'équilibre de kai et nobiai représentent le corps de la mère, alors hanare est son enfant et tsurune est comme le premier cri du bébé. Par conséquent, sans un bel équilibre et une extension suffisante, par exemple si hanare est relâché ou contracté, ce n'est pas un vrai hanare, il est comme un enfant adopté, et tsurune ne sera pas une résonance de hanare.
Hanare naît de cette relation mère-enfant et il se ressent d'abord au travers de tsurune qui n'est rien d'autre qu'une expression de soi. Par la succession des entraînements, le tir ne s'effondre pas et la flèche quitte l'arc naturellement. Un tel tir produit hanare qui échappe à notre capacité critique et d'analyse et on peut même dire qu'il transcende l'individu.
Même si on est capable de critiquer ou d'analyser son propre tir, il y a des limites à cela et un tir qui est hors de notre capacité d'analyse est un excellent tir qui dépasse ces limites. Réaliser des tirs qui procurent de tels hanare devrait être l'idéal pour ceux qui pratiquent le kyûdô.
L'élément clé d'un bon lâcher est que votre corps agit comme un coin au moment de kai. Plus la flèche est proche et parallèle à la ligne de vos épaules, moins votre centre de gravité se déplacera au moment du lâcher, et c'est pourquoi cela donne un hanare qui se veut idéal. Grâce à la tension exercée sur tous les os de votre corps, vous aurez l'impression d'être à l'intérieur de l'arc, et vos mains s'ouvriront naturellement lorsque vous libèrerez la tension.
Comme cela a été exprimé ci-dessus, si la distance entre la ligne de la flèche et celle des épaules est importante, cela donne oyogi-banare.
(Il s'agit d'un terme technique qui signifie "lâcher instable et flottant". Par exemple sous l'emprise de l'alcool on dira "karada ga oyogu" pour indiquer que "le corps chancelle ou vacille". Les kanji utilisés ne sont pas les mêmes pour "nager" et "oyogi-banare" mais la prononciation est la même. D'autre part le japonais utilisé dans le manuel est plus ancien, ndt)
Par conséquent, même si on peut affirmer que réaliser avec aisance hanare avec les mains est habile, l'impression laissée restera superficielle. En revanche, hanare effectué avec tout le corps devient précieux car il est plein de vie. Il laissera une forte impression sur autrui. Autrement dit, un tir techniquement maîtrisé paraîtra certes impressionnant, mais un tir empreint d'une profonde spiritualité touchera le cœur de chacun.
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| Kaminaga sensei, hanare - zanshin |
Kyûdô kyôhon, volume 2, pages 157 à 159