31 déc. 2025

Le tir à l'arc ou l'art de la transformation de l'esprit

 Selon Kaminaga sensei

"Lorsque le tir à l'arc nous plonge dans l'espace de l'absolu, le mal se transforme en vertu, la paresse en ardeur et la faiblesse en force. Les êtres mauvais se transforment en êtres bons, les cœurs ténébreux s'illuminent et l'esprit se purifie. Tous sont alors unis dans un esprit pur et sans tache, et c'est à cet instant que l'esprit du bien se révèle dans toute sa puissance. L'éducation spirituelle par le kyûdô vise à transcender l'instant présent pour installer l'esprit dans un état de vie éternelle, de pureté et d'innocence. Le tir à l'arc est l'art de la transformation, et que l'on en soit conscient ou non, cette capacité de transformation est au cœur de l'éducation."

Article précédent dans le manuel de kyudo

Kyûdô kyôhon, volume 2, page 56



23 déc. 2025

Unifier et éclaircir son esprit

Unité de l'esprit et de la technique du tir, selon Kaminaga sensei

Les techniques de tir (shagi) montrent toutes des variations individuelles mais, en les rassemblant,  nous nous sommes efforcés de les uniformiser en un ensemble cohérent afin de leur donner vie.

Lorsque toute notre force est absorbée par l'arc et qu'on atteint un état de désespoir absolu où quelle que soit la technique rien ne peut aider, on développe la conviction de maîtriser la situation.

En d'autres termes nous sommes face à une situation critique : daishi ichiban, la plus grande des morts (1) où, animés d'une grande détermination issue du plus profond de notre être, nous faisons du tir un moment clair et limpide et avec une énergie foudroyante. 

Dans cette situation, il ne faut pas se précipiter ni s'agiter, ne rien redouter et ne pas hésiter. Il faut éclaircir calmement son esprit (sumashi) jusqu'à ce que cet état soit suffisamment profond. Ce n'est qu'alors que nous pouvons véritablement exprimer notre être véritable et, pour la première fois, sae voit le jour. (2)

Lorsque, durant kai, l'esprit et la technique coïncident et se confondent, une étincelle jaillit et  kai devient hanare. Le bref instant où, l'esprit et la technique s'harmonisent, correspond à hanare. À cet instant, toutes les distractions sont effacées et un état de vide et de non-pensée est atteint (shinkû-musô). C’est de ce vide, de cette absence de pensées, que se produit la transformation appelée hanare. (3)

Mathématiquement, un est toujours un et ne peut être réduit à rien d'autre, mais dans le kyûdô, lorsqu'on traverse l'espace appelé shinkû (le vide véritable), un devient mu c'est-à-dire rien, et toute chose (manpô) retourne à un (il ne s'agit pas du nombre un), c'est un retour vers la grande harmonie (4).

Cet espace est un état d'esprit libre de pensées et de sentiments (munen-musô) (5), et en entrant dans cet état, on est capable de se libérer des attachements au passé, une lumière pure est émise, et l'âme existe telle qu'elle était à sa naissance.

Kyûdô kyôhon, volume 2, page 55
Article suivant

20 déc. 2025

L'unité entre la technique du tir et l'esprit du Zen

Comprendre la nature profonde du tir à l'arc, selon Uno sensei

Dans la pratique du tir à l'arc, la maîtrise de la technique est essentielle à la progression mais il ne faut pas pour autant s'y attacher uniquement. Le but ultime du tir à l'arc est de ne faire qu'un avec la nature, de se détacher des désirs terrestres, ne serait-ce qu'un instant et de faire le souhait que l'esprit se purifie et nous mène à la vacuité (1). 

C'est pourquoi je crois que le tir à l'arc est ce que la métaphore 行雲流水 nous délivre : cet état d'esprit qui est comme les nuages qui progressent dans le ciel ​​et comme l'eau qui s'écoule, c'est l'art même du tir à l'arc. (2)

De plus, le tir à l'arc est une manifestation de l'esprit, et sa pratique permet d'explorer l'état intérieur d'une personne et de percevoir son caractère.
C'est le sens de 射裡見性  « comprendre la nature du tir à l'arc », une notion en accord avec l'esprit du Zen. (3)

[...]

La nature se révèle également dans le tir à l'arc, une beauté naturelle s'y manifeste. La beauté du corps émerge naturellement de la pratique du tir à l'arc et si cette pratique est impure alors elle ne révèlera paraîtra pas la beauté du corps. La beauté d'une fleur est le fruit d'une constante culture intérieure.

C'est ce que devrait être également le tir à l'arc, et je m'efforce d'atteindre cet idéal : le tir à l'arc devrait être comme une floraison semblable à une eau jaillissante. (révision du 31/12/2025)

Article précédent dans le manuel de kyudo

Kyûdô kyôhon, volume 2, pages 54 et 55
Article suivant

17 déc. 2025

Tekichû naturel

Chiba sensei, toucher la cible naturellement

Puisque dans la pratique du tir à l'arc on vise une cible, toucher la cible (atari) est très important dans cette discipline. 

On distingue ainsi trois façons de toucher la cible : tôteki, kanteki et zaiteki. Tôteki consiste simplement à toucher la cible, kanteki est une touche plus spirituelle. Ensuite Zaiteki, est ce que l'on appelle « shizen no atari » (la touche naturelle), où toute sa sincérité est engagée. C'est l'idéal, et nous devons nous efforcer de produire au moins kanteki et zaiteki.

Urakami sensei, l'énergie spirituelle et la respiration

Idéalement, hanare a lieu lorsqu'on atteint un moment crucial pendant nobiai, ce qui garantit la précision de atari. Cependant, en même temps que le travail de tsunomi, l'auriculaire de la main gauche se resserre fermement sur la poignée. Ceci est indispensable pour réaliser atari. On dit que dans les divisions de sumô ou lors des épreuves de coupes au sabre ou encore dans le spectacle de danse , si l'auriculaire n'est pas suffisamment serré et ferme, l'énergie spirituelle (kiai) ne sera pas présente et une belle performance ne sera pas possible. Dans le tir à l'arc, si la respiration (consciente, kisoku) de hanare et la fermeté de l'auriculaire de sont pas harmonisées, atari n'aura pas lieu.

Kaminaga sensei, le souffle, l'énergie silencieuse pendant le tir 

En tir à l'arc, il faut toujours avoir une "énergie d'activation" suffisante. C'est cette énergie d'activation ou énergie motrice qui propulse la flèche. Un vieux proverbe dit : « Ouvre un arc avec rage et tire la flèche avec le souffle » (ou quelque chose d'approchant, ndt) (dokiyumi wo hiraki, ikiya wo hassu), faisant référence au souffle de la respiration abdominale, autrement dit c'est ce qui correspond à "l'énergie silencieuse" (musei no kiai). Sans ce souffle (ikiai), la flèche ne peut être tirée. Zanshin est l'autre face de hanare et en même temps, permet tout naturellement de toucher la cible.

Kyûdô kyôhon, volume 2, pages 160 et 161


16 déc. 2025

Hanare naturel selon Takagi sensei

Les fondations de hanare

Puisque shizen no hanare, ou hanare naturel est  [le] véritable hanare », il est essentiel de l'atteindre. Cependant, les débutants doivent bâtir des fondations pour y parvenir.

Il est donc nécessaire, dans un premier temps, de pratiquer sciemment c'est-à-dire en conscience, hanare. Pour ce faire, il faut d'abord soigner tsunomi dans la main gauche, recevoir la puissance de l'arc et l'étendre ou la transmettre depuis le coude gauche, le triceps et les autres muscles à la colonne vertébrale jusqu'au coude droit. A ce moment, il est important de préserver au maximum la force musculaire et de s'efforcer d'utiliser la puissance des os. (Ce que le Shahô Kun préconise, ndt)

Les bras et les poings orientés dans le plan antéro-postérieur et le plan vertical, comme cela est décrit dans la section kai et, en utilisant les épaules comme point d'appui et la colonne vertébrale comme centre, il faut chercher à ouvrir et à écarter les bras et les poings aussi légèrement et largement que possible à partir des épaules.

(Dans le texte japonais il est indiqué PS quand il est fait mention des directions. Je pense qu'il s'agit de l'abréviation pour Posterior Superior ce qui, en langue japonaise correspondrait à 後方上下 c'est-à-dire la direction vers l'arrière et de haut en bas. Je n'ai pas encore étudié la section concernant kai dans le volume 2 du manuel japonais. Je corrigerai ou modifierai cet article si nécessaire, ndt)

Au début, il vaut mieux écarter le plus possible les poings gauche et droit. Le poing gauche ne doit pas sortir vers l'avant ni s'élever par rapport à sa position en « kai », mais doit se déplacer vers l'arrière et vers le bas dans la direction de l'extension (PS dans le texte, ndt). Veillez à ce que votre poing droit fasse de même depuis sa position en kai, qu'il ne monte ni ne descende, et qu'il ne se relâche pas vers la gauche (yurumi). Ouvrez immédiatement et doucement votre poing droit vers l'arrière et le bas, à droite, dans les plans antéro-postérieur et vertical (PS). 

Kyûdô kyôhon, volume 2, pages 159 et 160

15 déc. 2025

Hanare, la mère et son enfant, selon Kaminaga sensei

Tsurune, le premier cri

Lorsque la posture et la technique sont conformes aux règles du tir et que le corps agit comme un coin (dans le sens où il s'insère entre la corde et l'arc, ndt), hanare cède naturellement avec un claquement sec. Si on considère que l'équilibre de kai et nobiai représentent le corps de la mère, alors hanare est son enfant et tsurune est comme le premier cri du bébé. Par conséquent, sans un bel équilibre et une extension suffisante, par exemple si hanare est relâché ou contracté, ce n'est pas un vrai hanare, il est comme un enfant adopté, et tsurune ne sera pas une résonance de hanare.

Hanare naît de cette relation mère-enfant et il se ressent d'abord au travers de tsurune qui n'est rien d'autre qu'une expression de soi. Par la succession des entraînements, le tir ne s'effondre pas et la flèche quitte l'arc naturellement. Un tel tir produit hanare qui échappe à notre capacité critique et d'analyse et on peut même dire qu'il transcende l'individu. 

Même si on est capable de critiquer ou d'analyser son propre tir, il y a des limites à cela et un tir qui est hors de notre capacité d'analyse est un excellent tir qui dépasse ces limites. Réaliser des tirs qui procurent de tels hanare devrait être l'idéal pour ceux qui pratiquent le kyûdô.

L'élément clé d'un bon lâcher est que votre corps agit comme un coin au moment de kai. Plus la flèche est proche et parallèle à la ligne de vos épaules, moins votre centre de gravité se déplacera au moment du lâcher, et c'est pourquoi cela donne un hanare qui se veut idéal. Grâce à la tension exercée sur tous les os de votre corps, vous aurez l'impression d'être à l'intérieur de l'arc, et vos mains s'ouvriront naturellement lorsque vous libèrerez la tension.

Comme cela a été exprimé ci-dessus, si la distance entre la ligne de la flèche et celle des épaules est importante, cela donne oyogi-banare.

(Il s'agit d'un terme technique qui signifie "lâcher instable et flottant". Par exemple sous l'emprise de l'alcool on dira "karada ga oyogu" pour indiquer que "le corps chancelle ou vacille". Les kanji utilisés ne sont pas les mêmes pour "nager" et "oyogi-banare" mais la prononciation est la même. D'autre part le japonais utilisé dans le manuel est plus ancien, ndt)

Par conséquent, même si on peut affirmer que réaliser avec aisance hanare avec les mains est habile, l'impression laissée restera superficielle. En revanche, hanare effectué avec tout le corps devient précieux car il est plein de vie. Il laissera une forte impression sur autrui. Autrement dit, un tir techniquement maîtrisé paraîtra certes impressionnant, mais un tir empreint d'une profonde spiritualité touchera le cœur de chacun. 

Kaminaga sensei, hanare - zanshin

Kyûdô kyôhon, volume 2, pages 157 à 159

11 déc. 2025

Le déclenchement de hanare (3)

Selon Urakami sensei

La durée du kichi est d’environ quatre ou cinq secondes et si on la divise en trois parties égales, la première et la suivante correspondent à hiku-yazuka, la première avec des sons courts et rapproché au nombre de cinq ; la suivante, une série de trois sons, légèrement plus longs et plus lointains ; et la dernière section correspond à hikanu-yazuka, avec environ 2 sons plus longs et plus lointains. À cet ultime moment, nobiai s'atténue et s'apaise progressivement. Le lâcher le plus abouti se produit à la fin de ce moment de calme, juste avant le kichi final, lorsque les deux mains sont en équilibre (la tension est la même dans les deux mains, ndt) et que l'énergie mentale (kiai) est à la plus forte.



Le giri est un son continu, qui ne permet pas d'anticiper une quelconque préparation aux sons suivants alors que le kichi est un son intermittent qui s'interrompt progressivement, et c'est au moment de cette interruption que la tension se fait pour le son suivant et que kiai est à son comble. C'est le moment idéal pour lâcher.

Apprendre à quel moment hanare se produit permet de réaliser un lâcher naturel. C'est le plus important à retenir dans votre entraînement au tir à l'arc.

Urakami sensei. Juste après yugaeri. L'arc n'est pas encore stabilisé

Kyûdô kyôhon, volume 2, pages 156 et 157